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Survivre au chaos au Liban

Updated: Aug 5


Comment faire pour survivre au chaos au Liban quand on gère un charmant petit hôtel juste au-dessus de Beyrouth ? Dans un Liban en cessation de paiement, un Liban à l’inflation galopante ? Un Liban où les gens, tout simplement, ont faim ? Comment faire quand même les avions ont cessé de voler ? Quand les banques deviennent des scènes d’émeute ? Quand le coronavirus devient presque un point de détail, malgré l’attention mondiale qu’on lui porte ?




Les gens ont faim. Ils sont déboussolés. Oui, comment faire ? C’est le témoignage de Soad, entre inquiétude et sourire, qui nous touche dans toute son authenticité ici. Elle gère l’hôtel Quartier Suisse à Broummanna, proche de la capitale, et elle nous parle avec sincérité de son quotidien.




Survivre au chaos au Liban

Depuis le 17 octobre 2019, date à laquelle les gens sont descendus dans la rue pour protester contre la cherté de la vie, Soad la courageuse tient bon mais elle se désole. L’hôtel Quartier Suisse est vide.


L’hôtel est vide parce que les libanais n’ont évidemment plus les moyens de venir à l’hôtel. Parce que les étrangers, malgré la beauté et la chaleur légendaire des libanais, évitent actuellement de venir dans un pays qui est devenu instable, alors qu’il est en réalité une forme de paradis sur terre.


Vivement que l’on trouve des solutions, car ce qui se passe n’est pas la vraie vie, et ce pays mérite tellement mieux, dit Soad en soupirant. Pensant à son don de l’hospitalité qui ne peut plus s’exercer pour le moment. Alors qu’elle a tant de plaisir à accueillir ses hôtes de passage.




Situation cauchemardesque au Liban

Rends-toi compte, dit Soad, sur un ton dépité, nous sommes dans un engrenage terrible à présent, et j’ignore comment tout cela va se résoudre.


Les salaires sont payés en livres libanaises, alors que jusqu’alors ils étaient payés en dollar. Et les prix ont pris l’ascenseur ! Tout à coup, les gens ont perdu les trois quart de leur pouvoir d’achat. On ne peut même plus s’acheter une salade ! Des potagers sauvages se créent partout, pour manger, tout simplement.



Les gens plantent des légumes pour survivre, voilà où on en est, constate Soad avec une certaine amertume. Même les jolies fleurs des balcons ont été remplacées par les légumes indispensables !


Alors évidemment que dans une situation comme celle-ci les touristes ne viennent plus, pour le moment, c’est une évidence ! Alors que le Liban est un tel trésor, un patrimoine universel unique !



Des manifestations pacifiques à la recherche de la prospérité et de la liberté.

Les gens manifestent pour leurs droits, ils sont pacifiques. La foule est respectueuse mais inquiète. Le peuple veut juste que ça change, vivre dans la liberté et la prospérité, comme le souhaite l’âme des libanais !


Soad s’empresse d’expliquer qu’elle ne fait pas de politique, elle ne veut pas s’en mêler. Elle constate cependant que le peuple, dans son ensemble, a envie de promesses tenues, de valeurs incarnées, d’une vraie transparence.



Ces manifestations sont la prise de conscience que les libanais sont au bord du gouffre et qu’il faudra bien trouver une solution pour s’en sortir. Dans sa voix, on sent son courage et une forme de fatalisme très attachant. Puisqu’elle ne peut rien contrôler, ni pour la venue de ses clients, ni pour le retour de finances assainies, alors elle se tourne vers le ciel, d’une façon très ancrée. On sent chez Soad, dont la détermination est un curieux revers de médaille de son fatalisme, une véritable envie d’aller de l’avant. De trouver des solutions pour son pays, collectivement.


Un état d’esprit positif qui a d’ailleurs gagné le coeur de la population, très solidaire. Cela réchauffe d’ailleurs les coeurs et les âmes, et Soad a des larmes dans la voix en l’évoquant.



Faire redémarrer le Liban ?

Comment faire pour faire redémarrer le Liban ? Soad se pose la question à haute voix. Elle n’a pas la réponse. Elle sait que les gens qui manifestent veulent changer le gouvernement.


Non, les libanais, qui sont des âmes joyeuses, aspirent à ce que leur monde redémarre.


Comme beaucoup de libanais, elle se pose des questions. Pourquoi les salaires sont-ils soudain versés en livres libanaises ? Pourquoi le cours du dollar s’est-il envolé contre la livre ? Pourquoi le coronavirus est-il venu ajouter son grain de sable auprès d’un peuple qui n’avait vraiment pas besoin de ce coup de massue complémentaire ?




Oui, le coronavirus, en plus !

Le coronavirus, ça c’est le pompon ! Soad estime que le gouvernement actuel, bien que très jeune dans cette fonction, a plutôt bien géré cet aspect de la crise que traverse le pays.

Elle ne se prononce pas plus. La politique, c’est pas son truc ! Elle, elle gère un petit hôtel romantique et sympathique, l’hôtel Quartier Suisse. Et elle espère y revoir bientôt ses clients dans cet hôtel qui est un peu son bébé… Tout comme elle espère que les touristes vont vite revenir comme dans tout le Liban ! On l’imagine, au son de sa voix au téléphone, embrasser son beau pays du regard.




Une lueur d’espoir malgré les difficultés

C’est vrai qu’il y a eu des échauffourées dans les banques, lorsque les gens ont réalisé, paniqués, qu’ils ne pouvaient plus retirer leur argent de leur compte en banque. Quand on ne peut plus sortir un sou, c’est compliqué, dans la tête !


C’est vrai aussi que les gens ont faim, que certains, hier de la classe moyenne, en sont réduits à devoir mendier, à devoir chercher de la nourriture dans les poubelles.


Tout cela, c’est vrai. Pourtant, Soad sourit et sa voix se gorge de chaleur.


Les difficultés qu’on rencontre unissent le pays dans l’adversité. Les gens sont licenciés, le chômage explose et pourtant ils sont solidaires les uns des autres. Il n’y a pas de frictions religieuses, tout le monde est d’accord d’aller dans le même sens. Et ça, c’est vraiment beau.



Avant de raccrocher, Soad parcourt du regard le lobby de l’hôtel Quartier Suisse dans lequel elle a mis tant de son âme. Et elle rêve à des jours meilleurs. Pour cet hôtel. Pour ses compatriotes. Et pour le Liban, perle de l’Orient.


Merci Soad pour ces mots si pleins de coeur !


par Christine Camporini

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